Chronique : La Véritable Histoire du Crash de Roswell. John Barnett/Patrick de Friberg.

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John Barnett est un auteur quelque peu oublié, perdu dans les tréfonds de la culture pulp, enterré sous d’autres noms, plus fameux peut-être… Il faut dire que le genre ne manque pas de héros hauts en couleur : Doc Savage, The Shadow, The Spider, ou encore le Fantôme du Bengale. Autant dire qu’il est difficile de se faire une place de choix aux côtés des ancêtres des super-héros si l’on est « seulement » un détective privé new-yorkais comme son héros, Jack PasolskyBarnett est oublié donc, mais pas par tout le monde : des gens bien informés, François Bon -éditeur émérite de Publie Noir– et Laurent Guillaume -plume polardeuse de haute volée- ne sont pas de ceux à qui l’on cache des pépites bien longtemps…

En parlant de bonnes choses, il en est une autre : celle d’avoir confié la traduction des aventures de Pasolsky à Patrick de Friberg, dont on connaît les qualités d’écriture et la plume incisive. L’auteur reste cependant un mystère : on le pense décédé ou voguant anonymement sur l’océan Pacifique, se délectant de bons cigares Cubains, accompagné de quelques donzelles exotiques doucement dorées aux cieux bleus de l’hémisphère sud.

Qui peut savoir ?

Peu importe tant qu’il nous reste ses livres, continuation et/ou hommage à ces pulps cités plus haut, mâtinés de polar et de science-fiction. Une série de romans qui veut -et va?- démystifier avec humour et impertinence toutes les légendes qui ont fait l’Amérique des années 60. Un tour de grand huit à vous décoller la pulpe du fond. En voiture !

Être détective privé à New-York n’est jamais une mince affaire. Pour Jack Pasolsky les choses deviennent vite compliquées, a fortiori quand il vient d’abattre un suspect armé d’un tube de Dabur Red trop riche en fluor, qui s’avère être le tueur au dentifrice, sériel zigouilleur de gros pépères à la denture douteuse. Allez expliquer ça à une maréchaussée basse du front commandée par le lieutenant Gros, qui non content de moquer les qualités balistiques de Jack, ne le porte pas dans son cœur et le lui fait savoir.

De compliqués, les événements vont rapidement devenir un sac de nœuds inextricable pour notre cher détective. Lui qui ne demandait qu’à savourer un bon whisky -laissant son regard concupiscent couler sur les formes parfaites de Joe Louis Barnett, sa sublime secrétaire, et mordre à pleines dents dans un Spécial Pasolsky : hamburger volcanique œuvre de Julio’s, troquet et QG de Jack- va se retrouver dans une mouise intergalactique.

Merci à Roberto Pancrasse, agent du FBI de son état, grand massacreur de dictons, sorte d’Atilla de la syntaxe, ami fidèle et ancien compagnon d’arme de Pasolsky en Corée. L’affaire qu’il va lâcher sur les bras de son camarade n’est rien moins qu’en relation directe avec le mystérieux crash qui se produisit à Roswell en 1947…

Dès les premières pages, l’évidence s’impose : on va beaucoup rire à la lecture des aventures de Jack Pasolsky. Pas question ici de se prendre au sérieux. On va se gondoler, s’amuser de dialogues ciselés – dans la veine d’un Audiard à l’américaine – admirer avec délices les formes savoureuses de la sublime Joe Barnett et se réjouir des saillies insolentes et goguenardes de Jack. Le personnage est attachant, mordant et quelque peu ethnocentrique : New-York est le centre du monde, et gare au matricule de celui qui aurait l’audace d’en douter.

L’action n’est pas en reste, les péripéties s’enchaînent à un rythme endiablé toujours ponctué de cet humour vachard qui ne manque jamais d’égratigner certaines valeurs et poncifs sur l’Amérique. Le détournement est roi dans les pages de ce premier roman d’une longue série : vous croyiez tout savoir des théories du complot les plus farfelues ? Oubliez tout ce que vous savez, c’est bien pire et plus improbable que ce que vous pensez. Le délire est permanent, les surprises surgissent en bouquets à chaque chapitre, bref, ça explose en véritable feu d’artifice de douce folie et de fantaisie débridée.

Pour finir, il convient de s’attarder sur le travail de traduction du sieur de Friberg. De toute évidence, il s’est beaucoup amusé à adapter les aventures de Jack dans notre belle langue, ce qu’ il fait avec un brio certain en conservant au texte original tout son rythme et son mordant. Pas évident, quand on sait à quel point il est difficile de transcrire fidèlement jeux de mots et autres argots très new-yorkais. La qualité de son travail n’est pas sans rappeler celui de Jean Bonnefoy qui fut l’excellentissime traducteur du Guide du Voyageur Galactique de Douglas Adams.

Et puisqu’on en est aux références, n’hésitons pas à placer les aventures de Jack Pasolsky dans la même pile que les standards en la matière : les romans de Robert Sheckley, le Martiens Go Home de Fredric Brown, le Guide du Voyageur Galactique donc ou encore le Disque-Monde de Pratchett. Rien que ça.

Est-il encore utile de vous conseiller de vous jeter sur la série à venir (le deuxième tome « La Véritable Histoire de la Guerre Froide » est déjà disponible ) ? Non, bien sûr que non.

Loin du sérieux imposé du roman noir, de son désespoir structurel, de la SF grandiloquente ou nombriliste, La Véritable Histoire du Crash de Roswell est un petit bijou de drôlerie insolente et d’action débridée  qui connaît suffisamment bien son sujet -l’Amérique des sixties- pour pouvoir en détourner l’histoire à son bon plaisir.

Que demander de plus ? La suite ?

Mon petit doigt me dit que ça ne va pas tarder…

La Véritable Histoire du Crash de Roswell. John Barnett/Patrick de Friberg. Polar/Sf/Humour. Publie Noir.

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