Chronique : Genetik Corp. Patrick de Friberg.

« Le Général Carignac et le Commandant Lefort sont de retour et ils ne sont pas contents. »

Pardonnez-moi ce préambule qui ne dépareillerait pas sur l’affiche un mauvais blockbuster  -cornegidouille, un pléonasme !- mais c’est une bonne façon de résumer l’humeur des deux héros récurrents de Patrick de Friberg face au défi qu’il vont devoir relever seuls -ou presque- contre tous.

Enfin tous… juste l’état russe, la France, une multinationale obscure (la Genetik Corp.), la CIA, j’en passe et des meilleurs. Une broutille quoi. Pour quelle raison ? Oh, trois fois rien.

Suite à la double catastrophe de Sendaï au Japon -un séisme de grande envergure et un tsunami dévastateur- des animaux marins génétiquement modifiés par la Genetik Corp. sont libérés dans les océans et mettent en péril l’équilibre vital des océans et par voie de conséquence la chaîne alimentaire et l’économie mondiale. Et quid de ce pharaonique projet industriel qui tente de voir le jour en plein milieu de la campagne du Sud-Ouest de la France autour duquel gravitent les services secrets de plusieurs pays? N’en disons pas plus de peur de trop en dévoiler.

Affirmons simplement que l’ambition du livre est posée : nous montrer que l’un des défis majeurs du XXIème Siècle sera le contrôle des sources de nourriture.

Après un premier chapitre assez savoureux -sans pitié pour son protagoniste principal- assassiné verbalement avec un humour… sanglant et rongé jusqu’à l’os, non pas de remords, mais par ces « charmantes » créatures marines, l’auteur nous immerge une fois de plus dans les méandres des arcanes secrètes qui président au mouvement du monde. Cependant, ce premier chapitre se termine sur une révélation un peu rapide à mon sens et semble un peu « posé là » comme un pré-générique de série policière, même s’il reste agréable à lire. Le reste du roman est, par contre, autrement mieux maîtrisé.

D’abord, parce que Patrick de Friberg sait installer lentement -mais avec précision- les nombreux protagonistes et le décor de son roman. L’intrigue sait prendre le temps de se mettre en place, d’autant qu’on la devine tortueuse et complexe à souhait. Point de frénésie ici, donc, ce qui est plutôt agréable quand on connaît la manie de certains auteurs de thrillers de hacher leurs récits à l’aide de rebondissements parfois artificiels assez épuisants à la lecture.

L’autre force de l’auteur est d’avoir du style. Une fois encore, là où d’autres de ses coreligionnaires s’appuieraient sur des phrases choc, percutantes, une forme de sécheresse, de Friberg lui, sculpte et pétrit sa matière première comme d’autres travaillent la glaise ou la pâte à pain : avec l’amour de l’art et un plaisir évident. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il « fait de la phrase ». Non, cela signifie simplement qu’on peut bien écrire et garder l’attention du lecteur sans forcément le secouer comme le proverbial prunier toutes les deux pages.

C’est donc par ces biais que l’auteur va nous démontrer que si l’humain est le lubrifiant des rouages de la machine à faire ou défaire le monde, il est aussi ce grain de sable, cette inconnue dans l’équation, qui peut renverser la vapeur, mettre à bas les plans les plus machiavéliques. L’amour, l’amitié, la colère et la peur mis en scène comme les outils du dérangement de l’ordre supposé du monde, en quelque sorte.

De Riga à Paris, en passant par Saint-Pétersbourg, Patrick de Friberg nous guide donc dans une histoire dont les prémisses pourraient paraître futiles (on parle de crevettes après tout), mais qui sous sa plume prennent toute leur dimension dramatique. On se laisse volontiers porter au gré du courant lent mais puissant d’un récit à la réjouissante complexité. Les personnages principaux -Carignac et Lefort- sont toujours aussi attachants, professionnels et humains. Là où d’autres seraient des monstres froids d’efficacité, les deux héros connaissent la valeur de l’honneur et de l’amitié, chose rare dans les romans d’espionnage contemporains.

Pour toutes ces raisons, Genetik Corp. est un excellent thriller, complexe, riche et joliment présenté qui plus est. La bonne mesure et le savant mélange de tous ces ingrédients font que la mayonnaise prend.

Foi de gambas.

Genetik Corp. Patrick de Friberg. VLB éditeur. Thriller écologique.

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